Le parcours d'implantation cochléaire
Étape 1
L'évaluation
Un bilan médical est obligatoire avant la prise en charge d’un patient atteint de surdité sévère, profonde ou totale dans le but de lui poser un implant cochléaire. Les examens peuvent être légèrement différents selon les spécificités de chaque patient ou du centre.
- Consultation initiale avec le chirurgien
- Bilan auditif et orthophonique
- Examens radiologiques scanner et IRM
- Tests de l'équilibre
- Bilan psychologique
À l’issue du bilan, le dossier est examiné en réunion pluridisciplinaire avec l’ensemble des professionnels concernés. La décision est ensuite expliquée au patient lors d’une nouvelle consultation avec le chirurgien, au cours de laquelle une date d’implantation peut être proposée. L'implantation cochléaire est envisagée, conformément aux directives de la HAS et uniquement si le bénéfice attendu est supérieur à celui des prothèses auditives et s’il correspond aux attentes du patient. Si l’implantation n’est pas retenue, un suivi régulier est organisé.
Étape 2
L'intervention chirurgicale
L’intervention nécessaire à la pose d’un implant cochléaire, réalisée sous anesthésie générale et parfois locale, dure environ deux heures. Le chirurgien place le boitier de l’implant sous la peau, et insère son faisceau d’électrodes dans la cochlée.
Depuis 2002, l’ANSM (Agence Nationales de sécurité des Médicaments) recommande aux patients la vaccination anti-pneumococcique avant l'implantation cochléaire.
L’intervention est réalisée, généralement en ambulatoire ou avec une brève hospitalisation, pour certains patients.
Inhérent à tout traitement chirurgical, certains risques sont possibles lors d’une opération. Des vertiges ou une instabilité peuvent survenir ou se modifier s’ils étaient déjà présents avant l’intervention mais ils sont généralement transitoires. Des troubles du goût peuvent également être observés et sont souvent régressifs.
Étape 3
Les réglages
L’implant ne fonctionne pas immédiatement après l’intervention : il doit d’abord être « activé ». Cette activation peut avoir lieu le jour même, le lendemain ou, le plus souvent, entre une et trois semaines après l’intervention. Des réglages réguliers sont ensuite réalisés afin d’adapter progressivement la stimulation de chaque électrode au ressenti du patient.
L'activation du processeur
C’est la première fois que le processeur est couplé à l’implant, et que le patient va entendre des sons. La procédure exacte varie selon les centres et les modèles d’implant. Cela se passe en général de la manière suivante :
Présentation du processeur
La personne chargée des réglages présente le processeur de son de l’implant cochléaire et explique comment le mettre en place. Il faut juste apprendre à bien placer l’antenne là où se trouve le récepteur de l’implant sous la peau, aimant contre aimant.
Premier test de fonctionnement
Elle relie ensuite le processeur à l’ordinateur qui va être utilisé pour les réglages par connexion. Un premier test sert à vérifier le bon fonctionnement de l’implant et de chacune de ses électrodes.
Réglages et ajustements
Ensuite en s’appuyant sur les réponses du patient, la personne chargée des réglages recherche, les seuils de perception (quand vous commencez à entendre) et les seuils de confort (quand le son devient fort), et cela pour chaque electrode prise isolément. Cela se fait un peu comme lors d’un audiogramme, en écoutant des « bip » d’intensité croissante.
Le premier essai d’écoute
Cette première sensation peut être très différente selon les patients. Il est possible d’entendre des sons encore mal identifiés ou de comprendre immédiatement des mots. Les jeunes enfants semblent n’éprouver aucun désagrément à percevoir des sons isolés lors de ce premier réglage, bien au contraire et il en va de même lors du « balayage » des électrodes. En revanche, ils sont le plus souvent surpris par leur première immersion sonore en « live » dans la salle où se déroulent les réglages. En cas de déception de n’entendre que des bruits, il est essentiel de ne pas se focaliser sur cette première impression ni même sur celles des jours suivants : elles ne préjugent absolument pas de ce que l’on entendra quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard.
Les réglages suivants :
Après l’activation du processeur, des réglages réguliers sont réalisés pour adapter progressivement la stimulation au ressenti du patient, avec plusieurs rendez-vous la première année, soit en moyenne environ 6 à 7 séances de réglage au cours de la première année. Espacés d’une semaine à un mois, ils viendront parfaire peu à peu le réglage initial pour parvenir au réglage optimal qui allie confort et qualité d’écoute. Les réglages ne font pas tout : la participation active aux séances de rééducation auditive prescrites, ainsi qu’un entraînement personnel journalier régulier aident à progresser (radio, télévision, discussion…). A plus long terme, les réglages et l'évolution des résultats obtenus sont contrôlés régulièrement tout au long de la vie de l'implant cochléaire, typiquement une fois par an.
Notre fiche info sur les réglages de l’implant
Implant cochléaire : les particularités des réglages chez l'enfant
Implant cochléaire : le suivi et les réglages post-implantation
Étape 4
La rééducation
Une rééducation orthophonique doit être impérativement réalisée après l’implantation. En effet, cette rééducation favorise le développement de la perception auditive avec l’implant et permet de retrouver une facilité de communication dans la vie courante et, ainsi, d’améliorer la qualité de vie en tenant compte de l’environnement familial, social et professionnel du patient.
Un accompagnement régulier
Les séances doivent être soutenues pendant au moins un à six mois après l’opération. Le port permanent et quotidien du processeur améliorera la rééducation. Dès la première séance , l’orthophoniste masque sa bouche avec une feuille de papier pour empêcher le patient de recourir à la lecture labiale. L’orthophoniste lit, au début des listes de mots (légumes, fruits, pays…), puis progressivement des phrases simples qui reviendront plusieurs fois pour permettre de bien discriminer les syllabes. Le patient répète les mots puis les phrases qui lui sont dictés, en une ou plusieurs fois.
Une progression adaptée à chacun
Les exercices évoluent ensuite vers des textes plus complexes issus de la littérature ou de magazines. Le travail s’élargit ensuite aux situations de la vie quotidienne (compréhension dans le bruit, téléphone, localisation des sons).
"Nous avons commencé par travailler avec les sons des animaux, avant de nous lancer dans la parole. Des sons, des syllabes, quelques mots. J’ai eu des moments de découragement, des crises de fous rires, des angoisses terribles. Mais la rééducation finit par produire ses fruits dans la vie quotidienne : c’est un mot qui surgit, puis c’est la joie d’une phrase. Et enfin c’est une conversation. Six mois après je soutenais une conversation sans fatigue. J’ai fait également partie de la fanfare du carnaval d’Angers pour travailler les sons : les tambours, les maracas, les triangles, les djembés. Ecouter la télé sans sous titrage, avoir le réflexe radio. Autant de situations qui m’ont aidé à progresser et m’habituer à ma nouvelle audition. »
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